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Le blog de Benjamin Ball

Le blog de Benjamin Ball

"ce qui m'effraie ce n'est pas l'oppression des méchants c'est l'indifférence des bons"MLK Pour me contacter : 06 49 98 57 53 benjamin@wesign.it

Benjamin Ball, 21 ans, affamé précaire (Article du NouvelObs)

 

A Caen
Benjamin Ball, 21 ans, affamé précaire


Bruine dans l'air, humidité froide. Il est enroulé dans des couvertures, sous une tente. Se lève, cotonneux, et trouve refuge dans le hall d'entrée, ouvert aux vents. Le reste du bâtiment de l'ancienne bibliothèque des sciences de l'université de Caen est devenu, c'est marqué au-dessus de la porte, sous le drapeau pirate noir et tête de mort, un «lieu de lutte autogéré»,«réservé aux occupants», c'est-à-dire interdit aux médias. C'est ainsi, le collectif a voté. Pourtant, sous sa tente, Benjamin Ball les espère, les journalistes, pour porter sa voix au-delà du campus, où une poignée d'irréductibles veut poursuivre la lutte entamée avec la mobilisation contre le CPE. «Sans médiatisation, le mouvement n'existe pas.» Il parle d'une voix très douce, sûre d'elle-même et de ses mots. Il a déjà perdu plus de 10 kilos et quelques points de tension artérielle. Il a cessé de manger depuis le 11 avril.
Grève de la faim. Comme Clocheman, le SDF parisien, comme les sans-papiers retenus au centre de rétention de Vincennes, comme Gladys, la restauratrice des îles du Frioul, inquiète de perdre des clients, comme José et Mario, deux salariés corses de l'entreprise de portage de « Nice-Matin ». Comme surtout le député Jean Lassalle, qui a légitimé ce mode d'action radical, réservé traditionnellement à ceux qui n'ont pas d'autre moyen de se faire entendre. C'est comme s'il avait lancé une mode.
«Avant de commencer, j'ai lu les articles sur Lassalle, dit Benjamin Ball. Mais aussi sur Gandhi. Je cherchais un autre moyen d'action en plus des manifs, occupations, concerts pour qu'on parle de nos revendications.» Qui sont : abrogation de la loi sur l'égalité des chances, du CNE, du RMA et amnistie de ceux qui ont été «condamnés arbitrairement et injustement» dans le cadre du mouvement. Au départ, il avait imaginé une grève de la faim collective et tournante lors de laquelle chacun irait titiller sa limite. Nom de code : « la précarité affame » (1). Il avait cru convaincre deux potes mais, hésitations, tergiversations, finalement, non, ils ne sont pas prêts. Benjamin ne se laisse pas décourager. Il commence. Au bout de trois jours, la sensation de faim disparaît. «C'est dur physiquement, mais surtout mentalement, de tenir.» Deux sucres, une pincée de sel par jour et beaucoup d'eau. Son regard est sombre. Une barbe mousseuse bourgeonne sur ses joues maigres. Il porte une petite queue de cheval, un gros pull sous son manteau. Il a froid, «le manque de calories», et des étourdissements parfois.

Il a 21 ans, mais Benjamin Ball n'est plus un gamin. Mère universitaire, beau-père pianiste. Il a fait des études d'histoire, «deux mois», avant d'être happé par le militantisme. Pour une amoureuse qu'il suit à Caen, il quitte son travail d'animateur de centre aéré. Depuis deux ans, il livre des journaux, donne quelques cours particuliers ou fait du jardinage ici ou là.
Précaire à temps plein, il est persuadé que quelque chose va sortir du chaos : «Le monde est pourri. On est au bord de la rupture. Mais partout il se passe des choses. Et des convergences se font entre les étudiants, les lycéens, les chômeurs, les intermittents. C'est un mouvement social permanent.» De quoi occuper toute une vie : il milite à Attac, chez les chevènementistes, dans un réseau de cafés citoyens, s'intéresse aux Amap et aux placements financiers éthiques et veut lancer des cahiers de doléances à travers tout l'Hexagone. Qui a dit que la génération nan-nan était dépolitisée ? Lui, comme ses amis du collectif d'occupants, est passionné par la politique. Tout ce qui nargue le fatalisme l'attire, tout ce qui défie le « mieux que rien » raisonnablement libéral l'excite. Il cite Chavez, paraphrase Guevara. «Soyons réalistes, construisons l'impossible.» Il se lève. Benjamin Ball a la tête qui tourne.

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